Hollande a raison de penser que la déflation prônée par la troïka mène à la dépression, Merkozy ont raison de penser que les dépenses de croissance augmenteront la dette.

D’où vient la crise? La financiarisation de l’économie date des années 70 / 80: abandon des accords de Breton Woods par Nixon en 1971, développement de l’Europe financière : obligation pour les états de se refinancer sur les marchés et non auprès des banques centrales, tout cela développé par les politiques « libérales » de Reagan, Thatcher : le « big bang financier », les taux d’intérêt très bas etc… Les conséquences ont été nombreuses et négatives : la part des transactions financières liées à l’économie réelle était de 7% en 1970 mais de 1,6 % aujourd’hui, concentration des banques et assurances dans quelques noms : Goldman Sachs, BNP, Barclays, HSBC, AXA etc…, La gestion des fonds de pension américain qui manipulent des sommes colossales vont basculer sur une stratégie plus risquée (des fonds de type DB au type DC), la norme de taux de rentabilité exigée des entreprises sera de 15% (alors que l’économie mondiale ne progresse au mieux que de 4 à 5% par an). On voit que l’obsession des experts à casser les retraites vient de loin : ils ne voient pas pourquoi le risque pris sur les retraites américaines pour jouer en bourse ne serait pas étendu au reste du monde.

Les 1% Les bénéficiaires de cette politique sont évidents : les 1% les plus riches aux USA possédaient 9% de la richesse nationale en 1976 ils en possèdent aujourd’hui 24%. Ils se sont accaparés l’essentiel de la croissance américaine des 30 dernières années. Résultat le salaire médian aux USA n’a pas bougé en 30 ans. Comment faire supporter cela à la population américaine habituée à une croissance sans fin ? Une solution eu été, comme depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, de faire bénéficier les classes moyennes américaines des fruits de l’impérialisme américain (matières premières à bas prix, utilisation des immigrés, drainage des cerveaux du tiers monde etc.). Mais la raison pour laquelle Nixon met fin aux accords de Breton Woods en 1971, c’est justement que l’impérialisme américain trouve une limite, et le cout des guerres (au Vietnam en particulier) pour maintenir la domination américaine devient insupportable. Les sacrifices financiers et humains seront vains et n’empêcheront pas des pays du tiers monde d’émerger. D’où l’autre solution : l’endettement, la course en avant, faire croire au peuple que son niveau de vie progresse, parce qu’il devient propriétaire ou que la valeur de sa maison augmente, de façon à masquer l’accroissement des inégalités. La crise des Subprimes est emblématique : ce n’est pas une erreur, c’est une nécessité pour maintenir la paix sociale et le pouvoir des 1%. Les mêmes raisons de maintien de la paix sociale font que la protection sociale a été prise en charge par les états : sécurité sociale, retraite, chômage qui eux pèsent directement sur les budgets des états.

L’endettement : L’endettement nécessaire de la population, à entrainé la fragilisation des banques, comme la protection sociale nécessaire a plombé les budgets des états. Ceci est aggravé par le fait que la richesse se concentrant entre quelques mains, la recherche de rentabilité à court terme du petit monde qui peut investir entraine des surinvestissements dans certains secteurs : l’immobilier aux USA, En Espagne ou en Irlande par exemple. D’où crise de l’immobilier qui aggrave encore la fragilité des banques. Comme on sait les dettes des banques, les « actifs pourris » sont ensuite « socialisés » et se retrouvent dans le budget encore plus déficitaire des états. Cependant des secteurs se portent très bien aujourd’hui : Porsche, Hermes ou Vuitton vont très bien pour servir les intérêts des 1%. L’ensemble de l’économie est ainsi orientée de façon malsaine et instable ce qui crée des bulles et des crises de surproduction à venir quand de nombreux besoins de la population mondiale ne sont pas satisfaits. La raison de la crise actuelle est donc claire : l’inégalité croissante et sa conséquence : la concentration des capacités d’investir entre les mains d’un petit nombre de plus en plus restreint.

La compétitivité :Une autre explication pour expliquer les déséquilibres financiers des états, c’est la différence de compétitivité qui se traduit dans leur balance commerciale : bénéficiaire comme l’Allemagne ou la Chine ou déficitaire comme La France ou la Grèce. Evidemment le bénéfice des uns est le déficit des autres ! C’est pourquoi il est cocasse (ou scandaleux) de voir Merkozy reprocher aux grecs leur déficit, du en partie à l’achat de Mercedes ou d’armes vendus par Français et Allemands. Toute fuite en avant vers une productivité accrue, une compétitivité accrue se fera donc au détriment des autres. De la même façon la recherche d’une rentabilité de 15% dans un monde qui progresse de 4% se fait forcément au détriment d’autres. Cette « solution », fuite en avant est lourde de rivalités, de menaces de conflits (on le voit dans la montée des protectionnismes) et nous rappelle que le capitalisme c’est la guerre. Le fondement en est « l’homme est un loup pour l’homme ».

La grande question :Toutes les solutions proposées, de la déflation à l’allemande des experts libéraux appliquée par la Troïka, à la relance des experts keynésiens ne feront qu’aggraver la crise car ils ne s’attaquent ni à l’inégalité ni au contrôle et à la juste orientation des investissements. Les mêmes experts qui nous ont amenés là où nous sommes, proposent aujourd’hui le même type de solution : plan de rigueur et déflation (l’Allemagne et la troika), ou la planche à billet et l’inflation (Obama et Hollande). Si la solution qui saute aux yeux c’est la réduction des inégalités, la mise à disposition des moyens de production au service de la collectivité, la réduction de la compétitivité et de la rivalité entre humains, toutes les solutions qui ne préconisent pas une révolution sont irréalistes et ne vont qu’aggraver la crise. En même temps force est de constater que les tentatives de changer réellement de système ont été jusqu’à présent un échec. Nous y reviendrons.

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