On évalue entre 200 et 400 000 le nombre d’immigrés illégaux, les sans papiers (au maximum : 6% des immigrés, 0,6% de la population) (D. De Villepin alors 1er ministre). Le droit d’asile a lui aussi été considérablement freiné et concerne 40000 personnes par an environ. (La Cimade). Les immigrés sont à 40 % ouvriers et à 30 % employés, la proportion, pour leurs enfants, se rapproche un peu plus des normes nationales qui sont de 25 % d’ouvriers, 30% d’employés. La campagne pour les présidentielles de 2012 a révélé que l’apport des immigrés à l’économie française serait de 12 milliards € et aux compte sociaux (sécu, retraites…) de 4 milliards € (député UMP Pinte dans un article du Monde). Autrement dit un frein de l’immigration plomberait les comptes sociaux. C’est ce que l’Allemagne, souvent donnée en exemple, a compris : sa proportion d’immigrés est encore plus importante qu’en France mais fait moins l’objet de polémique. Aujourd’hui dans le monde entier, une partie importante de la classe ouvrière, parce qu’elle est déplacée, scindée, immigrée, est privée des droits élémentaires démocratiques et du droit de vote en particulier : c’est vrai des mexicains et sud américains aux USA, comme des bonnes philippines dans les émirats, ou des Ming mong, les ouvriers chinois migrant des campagnes à Shenzhen ou Shanghai, comme des immigrés en France et dans les pays occidentaux où ils font les boulots les plus durs, les plus dangereux et les plus mal payés…

La campagne présidentielle a révélé les positions de chacun :

L’UMP

Laurence Parisot, la patronne du MEDEF défend la mondialisation débridée du capitalisme financier triomphant (enfin qui l’était…), elle est favorable à l’immigration : elle utilise les ouvriers immigrés pour combattre les ouvriers français, rabaisser les salaires etc. Marine Lepen a raison de pointer que derrière les discours anti immigrés de Sarkozy il a continué à laisser venir ce qu’il fallait d’immigrés pour complaire au patronat.. et Laurence Parisot soutient Sarkozy. Il est donc inquiétant de voir que l’UMP de Guéant, Hortefeux, Buisson et consorts, les plus proches de Sarkozy, viennent rivaliser avec le FN pour la xénophobie : preuve que le capitalisme est en crise profonde et prépare des exutoires à la colère populaire.

Le Front National ou le protectionnisme stupide

Le Front National oppose « le protectionnisme intelligent » à la mondialisation de Laurence Parisot : Marine Lepen a une constante, et lorsqu’elle l’oublie, son père la lui rappelle : contre l’immigration, c'est-à-dire en fait contre les ouvriers : plus de la moitié des immigrés sont ouvriers ou petits employés, sa haine principale et constante est contre les petits, contre les travailleurs, pas contre les puissants. Le but est d’appeler les ouvriers français à faire corps avec leurs propres patrons et de diviser ainsi la classe ouvrière.

« L’immigration est responsable des bas salaires » : bien sur les patrons ont toujours joué la division pour baisser les salaires, et c’est exactement ce que fait Marine Lepen en jouant certains ouvriers contre d’autres. Même position au fond que Parisot !

« L’immigration c’est le chômage » mais aussi soit disant paradoxalement la cause des dés localisations, elle-même cause du chômage : Or qui prend la décision de délocaliser ? Pas les immigrés, les patrons ! Le FN a recyclé le vieux mot d’ordre des pro nazis d’avant guerre : « 500 000 juifs, 500 000 chômeurs » en « 1 million de chômeurs c’est un million d’immigrés en trop »

« L’immigration c’est l’insécurité » : avec l’équation : immigrés = sans papiers = clandestins = insécurité = criminels = peine de mort : toujours l’escalade vers la haine, le pire, le drame. Les étrangers (rapport de l’ONDRP du 15 février 2012) sont responsables de 20 % des vols (plus que leur pourcentage dans la population) dont une bonne part de vols de « subsistance » mais beaucoup moins de crimes ! Mais même les vols donc sont à plus de 80% l’œuvre de français pure souche !

« L’immigration c’est le déficit des comptes sociaux » : contre vérité on l’a vu plus haut : la contribution des immigrés aux comptes sociaux est positive. Pourtant les immigrés servent de variable d’ajustement dans l’embauche et donc ont une plus grande probabilité de se retrouver au chômage, de la même façon on comprendrait qu’occupant les postes les plus difficiles et, dangereux ils aient beaucoup d’accidents du travail (et ils paient un large tribut aux 560 accidents du travail mortels par an), de maladie etc. il est d’autant plus honteux qu’au lieu de leur être reconnaissant pour les risques pris on le leur reproche ! Malgré tout cela l’apport de l’immigration aux comptes sociaux est positive de 4 milliards €. Autrement dit l’arrêt ou la limitation de l’immigration plomberait les comptes sociaux (endettement de la Sécurité Sociale, de la CNAV, des Assedic etc..). Marine Lepen fait des phrases contre la finance, la cause principale de la crise (tous les candidats le disent), mais ses mesures concrètes sont toujours contre les immigrés, les travailleurs. Elle prétend défendre les « invisibles » ? Quoi de plus invisible que les sans papiers ? Toute cette haine contre l’immigration puise ses racines dans une idéologie d’égoïsme à courte vue.

Au cœur de l’idéologie

Cette idéologie est bien exprimée par Le Pen père lorsqu’il dit « je préfère mon frère à mon cousin, mon cousin à un ami, un ami à un inconnu, un français à un étranger… », La logique en amont est bien entendu : je me préfère aussi à mon frère… et c’est bien l’égoïsme fondamental des Lepen qui ont su accumuler les richesses pour leur seule famille : le FN c’est comme la Corée du nord : de père à enfant. La préférence nationale cache mal la préférence familiale. En fait cette soit disant évidence de logique égoïste est contraire à l’expérience de chacun : on a tous des amis, y compris éventuellement étrangers, qu’on préfère à certains membres de la famille : « ses amis on les choisit, sa famille on la subit »… C’est le début d’une logique folle ( ou semi démente ?): on s’en prend aux étrangers, aux immigrés dont près de la moitié de français, puis aux enfants d’étrangers qui eux aussi peuvent être français (ce qui fait que Sarkozy aussi voulait expulser des roms français !) , puis aux français d’origine étrangère, en distinguant tout d’abord ceux qui ont un ascendant étranger de ceux qui en ont deux, puis en remontant dans les générations pourchassant l’étranger… Faites gaffe supporters de Marine Lepen aux noms à ascendance visiblement italienne, polonaise, espagnole ou portugaise ! Votre tour viendra… Que l’ascendance de Marine Lepen remonte assez vite à une ascendance non française (bretonne) ne la gêne pas : Hitler non plus ne pouvait prouver la non ascendance juive de son père ! Cette « logique égoïste» mène à prendre le contrepied de ce qu’il y a de plus généreux dans l’expérience humaine : « tu ne tueras point », l’abolition de la peine de mort, le serment d’Hypocrate en médecine : (suppression de l’AME l’Aide Médicale d’Etat pour étranger dans le programme du Front National), le droit de la mer : (« si je vous prends dans ma barque elle va couler et nous nous noierons » Marine Lepen sur France 2 le 14 mars, suite à son voyage à Lampedusa pour s’attaquer aux immigrés qui se noyaient en cherchant à atteindre l’ile), l’hospitalité, la place laissée libre pour l’hôte de passage, « l’Auvergnat » que chantait Brassens, la fraternité proclamée par la devise de la République française, enfin tout ce que les sociétés humaines ont su développer pour vivre ensemble.

Le MODEM

insiste lui, sur la nécessité de faire venir des étudiants étrangers : pomper les ressources du tiers monde au profit de notre économie avec toute la componction chrétienne bien sur…

Le PS

« L’immigration intelligente » de Hollande est le pendant du « protectionnisme intelligent » de Marine Lepen. Aux primaires socialistes, Montebourg, (la gauche du PS !) S’en est pris essentiellement aux pays émergents : la Chine, L’Inde etc. lui aussi pourtant sait que le coupable c’est la finance !, il s’en prend ensuite à l’Allemagne contribuant à dévier les justes colères vers des cibles étrangères. Le PS propose le droit de vote des étrangers aux élections locales. C’était déjà dans le programme de Mitterrand, il y a trente ans ! En accordant le droit de vote aux étrangers uniquement aux élections locales on crée une suspicion : c’est donc bien vrai que ces gens là sont un peu dangereux ! Ils avaient leurs papiers les résistants de la MOI lors de l’occupation nazie ? Ceux célébrés dans l’Affiche rouge par Aragon et chantés par Léo Férré? Heureusement qu’ils ne se sont pas contenté à l’époque de prise de position « locale » !

Jean Luc Melenchon, Eva Joly, Nathalie Artaud, Philippe Poutou, Cheminade

ont des positions plus sympathiques, mais pour être convaincants et plus enthousiastes sur cette question il leur faudrait revenir sur un point: C’est le PCF qui a pavé idéologiquement le chemin pour le Front National avec ses campagnes sur le « Fabriquons français » des années 80, il a suffi au FN d’ajouter « … avec des français ». Ces campagnes scellaient une alliance de classe très précise autour du capitalisme d’état représenté aussi bien par le Gaullisme en France que par le modèle suédois: l’Alliance qui derrière la défense du service public, défendait la fonction publique d’où les immigrés étaient exclus, celle qui entrainait l’aristocratie ouvrière derrière les grandes entreprises françaises Le nucléaire, le Concorde, Dassault ; comme derrière Ericsson ou ABB en Suède. La paix sociale était achetée à travers des salaires et des conditions de travail convenables, des comités d’entreprises florissants, des directions syndicales complaisantes. C’était le temps où, comme disait De Gaulle « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » Le résultat en était un mouvement ouvrier qui ne dénonçait que du bout des lèvres les guerres d’Indochine, d’Algérie, du Vietnam, déclenchées par les socialistes et les gaullistes - l’UMPS déjà ! C’est lorsque le capitalisme français et ses partis de « gouvernement » décident qu’il est plus judicieux d’abandonner les colonies, que Le Pen père, député poujadiste, pour l’Algérie française, et en opposition déjà aux Gaullistes et aux socialistes, arrive sur la scène politique. « Les neiges du Kilimandjaro » le film de Guebidian est caractéristique de cette mentalité nostalgique, car arrivant à bout de course – les dirigeants syndicaux (français !) ont juste le droit de désigner ceux qui seront licenciés- se fracassant sur un capitalisme financier qui a supplanté le capitalisme d’état, tuant aussi bien le Gaullisme populaire que le modèle suédois.

Crise du capitalisme financier mondial

Le Front National de Marine Lepen a aujourd’hui en s’attaquant aux immigrés, le rôle de diviser les travailleurs et peut être demain d’être une alternative dictatoriale pour un capitalisme en crise. Jean Luc Melenchon a raison de dire qu’au final « ça sera entre eux et nous ». De deux choses l’une : ou le capitalisme est capable de surmonter sa crise économique, financière, écologique, de l’empêcher de déboucher sur une crise politique profonde, malgré la dénonciation de l’injustice que l’on sent monter partout, et il préférera alors les partis démocratiques type UMP, PS, MODEM, Les classes moyennes majoritaires d’un pays riche comme la France y trouveront sans doute momentanément leur compte. Ou le capitalisme financier, que tout le monde a pointé comme la cause de la crise, mais que personne ou presque n’attaque vraiment (Sarkozy s’en prend aux immigrés et aux chômeurs, Marine Lepen aux immigrés, Hollande va saluer la finance chez le Guardian de la City à Londres) s’enfonce dans la crise. La classe dirigeante sera alors tentée par des méthodes autoritaires anti démocratiques : on a vu comment le traité européen a été imposé contre les volontés populaires, comment on a fait voter l’Irlande jusqu’à ce que le résultat convienne, avec quelle désinvolture aussi bien Berlusconi que Papandréou ont été écartés au profit de dirigeants financiers non élus. Ceci entraine à l’échelle mondiale une montée du protectionnisme (qui cessera très vite d’être intelligent !), nationalismes, racisme, rivalités, conflits et risque de guerre, pour chaque pays. Dans tous les pays en crise des politiques de ce type : autoritaires, populistes, antidémocratiques, chauvines, xénophobes montent : du Tea Party du parti républicain aux USA, à la Hongrie de Victor Orban, en passant par Marine Lepen en France. Que ces partis avancent au départ en se battant sur le plan électoral ne rassure pas totalement : on sait qu’Hitler aussi a été élu démocratiquement en 1933 en Allemagne. On sait où mènent les rivalités exacerbées entre pays : aux mesures de rétorsion réciproques, à l’escalade qui a trop souvent mené aux conflits et aux guerres. Marine Lepen par exemple passe sous silence le fait que les 2 millions de français qui sont à l’étranger subiraient les rétorsions des mesures anti étrangers en France. Le protectionnisme c’est le ghetto, la défense des intérêts des pays riches, la nouvelle ligne Maginot dont on connaît l’inefficacité.

La Nouvelle Alliance

Il faut 6 planètes comme la terre pour permettre le niveau de vie américain à tous, 4 planètes pour assurer le niveau de vie français, la lutte pour les ressources, à commencer par le pétrole, exigera la reconnaissance du bien fondé des peuples du monde à accéder à un niveau de vie décent et donc au partage des richesses à l’échelle mondiale. Face à la tentation, vouée à l’échec, de se réfugier dans un ghetto de riches vieux et blancs, protégé par les murs qui, d’Israel à la frontière sud des USA, en passant par la frontière Gréco turque, sont sensés protéger les pays occidentaux des vagues déferlantes des civilisations « inférieures » affamées, pire, assoiffées…, Il faut au contraire créer une Nouvelle Alliance avec les pays émergents. Pour cette nouvelle alliance l’immigration non seulement n’est pas l’ennemi, mais n’est pas non plus le boulet que la gauche traine un peu honteusement : l’immigration apparaît alors comme un formidable trait d’union, comme une chance. Amener les classes moyennes, y compris ouvrière à s’allier aux pays du tiers monde au lieu de coller à la bourgeoisie de son pays est difficile électoralement, mais observons que de la Grèce à la Suède le début de crise a déjà fait exploser les partis traditionnels et cette nouvelle alliance contribuera à un monde plus équitable donc plus sur et plus stable. Elle s’appuie sur les forces émergentes et sera gagnante. Avec « les ateliers du monde » qui émergent sur la scène internationale ce sont les travailleurs, la classe ouvrière qui émerge également. L’attitude vis-à-vis de l’immigration est la pierre de touche d’une véritable politique alternative La réponse ouvrière à la mondialisation capitaliste n’est pas le protectionnisme et le nationalisme: c’est la solidarité ouvrière, la lutte contre leur propres patrons, l’Internationale: « les ouvriers n’ont pas de patrie », et ont un seul drapeau : le drapeau rouge.