LA THESE CENTRALE: La thèse centrale est que les déterminations qualifiées « d’anthropologiques » : famille (souche ou nucléaire), la religion, l’éducation l’emportent sur toute autre explication en particulier économique, et en particulier de classe. Ce parti pris systématique fausse souvent les démonstrations, il rentre parfois en contradiction avec les cartes présentées, en particulier quand se ne sont pas les cartes associées au chapitre traité. Comparez la carte 9.1 où Bretagne et Sud Ouest vote à gauche de la carte 1.1 où ces deux régions sont particulièrement différentes en ce qui concerne la structure familiale par exemple. On frise le ridicule quand des explications compliquées essaient d’expliquer ce que la carte 8.9 montre : les étrangers sont près des frontières… On pourrait soutenir l'inverse de la thèse des auteurs et dire que c'est l'évolution économique qui a influencé les structures familiales, la religion et l'éducation. En particulier chronologiquement ce sont les nécessités de l'industrie qui ont poussé au développement de l'éducation et non l'inverse.
LES DEUX œillères DU LIVRE: refuser toute analyse par le développement économique, et toute influence internationale, positionnent ce livre dans le champ du nationalisme : rallier aux élites (qui doivent néanmoins étudier un peu plus la situation française...) l’ensemble des français. Il n’est pas question d’éluder le fait que des influences de fonds, telles que la famille ou la religion, déterminent beaucoup de choses : il suffit de voir le regain de la religion en Russie après 70 ans de tentative socialiste, ou de la superstition en Chine pour en être convaincu. Le livre comprend des aperçus intéressants sur ces plans là. Le refus de prendre en compte le développement économique ("la modernisation urbaine" P279 est une des façons de contourner ce manque) et donc le rapport des classes entre elles a pour but de faire disparaitre la classe ouvrière. La technique habituelle de la division en secteur est utilisée: primaire (qui comprend pourtant les mines entre autre...), secondaire, tertiaire (qui comprend pourtant les entreprises de télécom...). De même refus de voir que le développement économique a "expulsé" la classe ouvrière dans les pays du tiers monde, permettant à certains pays "d'émerger". Les immigrés sont évalués à part, ce qui permet également de dissoudre la classe ouvrière au lieu de percevoir qu'ils en sont une composante essentielle.
 L’œillère purement nationale empêche de voir l'évolution d'une classe ouvrière "achetée" à coups d'état providence, subventions aux comités d'entreprises et syndicats: ce que Lénine définissait comme "l'aristocratie ouvrière", (notion il est vrai abandonnée depuis par toute la littérature de gauche ) et la constitution d'une classe ouvrière pour beaucoup immigrée. Bien sur si les ouvriers disparaissent, la lutte de classe aussi et c'est "l'inégalité culturelle (qui) a mené ... à l'inégalité économique" P97. Après l'impérialisme, la mondialisation est venue bouleverser ces acquis.
 L'appréciation du Front national est du coup tout à fait fausse, avec une surestimation de son coté ouvrier: ainsi, vue déformée sans doute par la lecture du Monde, il n'est pas indiqué clairement que Marine Le Pen a fait moins que son père et Megret en 2002, et 5% de moins au total si on y ajoute le score de Josse, et pourtant les auteurs insistent sur l'étendue de la percée du Front National dans la ruralité que Josse incarnait. Et voila le FN qualifié de "parti des pauvres" P 285. " La spécialisation (qu'entraine la globalisation) tend à dissocier, dans chaque pays, l'évolution économique, désormais internationale, de la dynamique des mentalités qui reste nationale" P 147: c'est surtout Todd et Le Bras dont la mentalité reste nationale! finalement pas très éloigné de ce courant nationaliste rassemblant Marine Le Pen, Montebourg, où Jacques Attali qui les citent beaucoup dans son dernier ouvrage "urgences françaises". Livre où il recycle pour Hollande les conseils déjà prodigués à Sarkozy dans le cadre de la commission établie par celui ci: garder les solutions dans un cadre national de façon à rallier les classes populaires aux élites françaises et leur interdire un horizon de solutions internationales.