Chacun est convaincu que l’unité ne peut se créer à partir d’accords d’appareils politiques. Mais on ne sent pas non plus de pression de la base pour contraindre à l’unité des appareils récalcitrants. Sans doute parce que si les dirigeants des partis de gauche ne le savent pas,  « les gens » eux n’ont pas oublié que des unités ont déjà eu lieu : l’Union de la Gauche, le Front de Gauche par exemple sur le plan électoral. Lors de luttes ou de grandes manifestations revendicatives, syndicales ou politiques comme les luttes sur les retraites, contre la loi travail, Nuits debout etc. de grandes unités au moins apparentes, se sont créées. Et pourtant on en est là !

Se poser la question du comment faire l’unité permet d’éclairer un peu les choses.

Français, immigrés

Comment par exemple faire l’unité entre les immigrés, les banlieues et la fraction populaire, y compris ouvrière qui vote Rassemblement national ? Les premiers ne rejoindront pas une union ou flotterait le drapeau tricolore des interventions militaires contre leurs pays d’origine, les seconds ne rejoindront pas une unité qui serait complaisante à l’égard de la religion, des religieux et des intégristes. L’unité implique des objectifs et principes démocratiques il faut donc que les deux groupes en question soient traités sur un plan d’égalité et, dans le cadre de luttes électorales, aient tous les deux le droit de vote par exemple. C’est dire que paradoxalement une unité solide ne peut se créer sur le flou, sur des positions contradictoires mais sur une position avancée celles des communistes démocratiques, à la fois fermes face aux interventions impérialistes de l’état français et ferme face aux dérives religieuses et réclamant par exemple le droit de vote pour les immigrés.

L’Europe ?

Comment faire l’unité entre ceux qui voient dans l’Europe l’expression du capitalisme financier allemand et ceux qui y voient l’unité des peuples et une garantie de paix ? Ce fut le dilemme des grecs et de Tsipras : refuser les diktats de la commission européenne mais en même temps refuser de quitter l’Europe (de la même façon que les ouvriers ne quittent pas l’entreprise sous prétexte qu’elle est gérée par un patron ! c’est même souvent lui qui l’a créée !). Là encore la constitution de l’unité ne peut se faire que sur une base avancée : opposer le drapeau rouge des travailleurs européen à l’Europe financière.

Les échecs de Lula et Chavez

Les échecs de la gauche sud-américaine sont liés à cette volonté de tenter de faire l’unité sur une base floue et à concevoir des solutions à l’intérieur du système capitaliste. La corruption peut alors faire toute son œuvre. Les gens finissent par se dire « puisqu’en définitive il s’agit de gérer le capitalisme, les capitalistes eux-mêmes ne sont peut-être pas les plus mal placés ? » L’absence d’une perspective communiste claire, l’absence de l’orientation d’une révolution socialiste finit par déliter les bonnes volontés.

L’unité, les unités diverses, ponctuelles dans les luttes contre le système sont à rechercher et renforcer en permanence, mais une unité réellement alternative au système ne fera pas l’économie de l’émergence d’une perspective communiste consistante. C’est un passage ardu, difficile, pas évident du tout mais d’ici là les unités ne seront que temporaires et laisseront un sentiment de déception.