Le débat national que Macron doit lancer par sa lettre du 15 Janvier est biaisé d’avance.

 Bien sûr on peut rattacher l’ISF à la fiscalité mais ça sera technique (très technique !) compliqué (très compliqué !) et la hausse du Smic, les 40 milliards du CICE donnés aux patrons en 2019, les APL, les retraites etc… sont hors cadre. Il s’agit de dévier le débat vers les questions institutionnelles, elles aussi compliquées, afin de noyer le poisson, faire émerger une multitude  de positions diverses et contradictoires. Comme au début du mouvement quand nombre de commentateurs refusaient de voir la lutte sociale et prétendaient y voir une multitude de revendications contradictoires.

L’offensive gouvernementale est bien sur relayée par les medias : ainsi le JDD du  même jour publie un sondage sur 5 revendications : réduction du nombre de parlementaire, prise en compte du vote blanc, RIC, rétablissement de l’ISF, dose de proportionnelle. (Tous approuvés à plus de 74% !) Pourquoi ces 5 -là ? Une seule sur cinq concerne le social, l’ISF.  Pourquoi pas de question sur le CICE ou  l’augmentation du smic ? Mise en œuvre de la  stratégie gouvernementale: noyer la revendication claire de justice sociale sous les mesures institutionnelles. Le RIC comme la 6 ème république risquent d’ailleurs elles aussi de dévier le mouvement du problème principal que les Gilets Jaunes ont soulevé : l’incapacité de vivre normalement même avec un travail, à cause des inégalités et une classe dirigeante qui devient, elle de plus en plus riche. Est-ce que le RIC garantit à la Suisse un modèle d’équité sociale ?

Bruno Le Maire a prévenu dans une interview au Point : Le débat « ne doit en rien modifier les lignes de force du quinquennat ».  Chantal Jouanno la présidente de la Commission Nationale du Débat Public : « Le but est d’éclairer le décideur », donc Macron. Chacun connait le fond du problème : l’injustice sociale. Mais prenons le pari que le rétablissement de l’ISF, la suppression du CICE, la hausse du smic n’atteindront pas la synthèse. Il s’agit uniquement de diviser et nous serons probablement divisés : ceux qui conscients de l’enfumage boycotteront le débat, ceux qui souhaiteront y participer pour faire remonter quelques idées, ceux qui s’empoigneront sur quelques fumeuses réformes institutionnelles.

Mais le problème de fond ne sera pas abordé, ni bien sur résolu, et il resurgira : l’injustice, l’inégalité sociale.