Contre l’inégalité : Il est vrai que ce mouvement va droit au cœur du problème : le pouvoir d’achat insuffisant de beaucoup de travailleurs,  même ceux qui ont un travail, l’inégalité sociale qui s’aggrave, les services publics, de transport, de sécurité, de santé, de formation etc.  qui se réduisent. Les revendications concernant la remise en place de l’ISF, la suppression du CICE, la revalorisation du smic et des petites retraites, etc. sont justes et suscitent le plus large soutien. Les classes supérieures s’éloignent un peu parait-il, même si c’est inévitable qu’elles craquent les premières, on ne s’en réjouit pas, il y aura besoin de tous pour renverser le pouvoir des 1% !

Pour une démocratie directe : S’ajoutent aux revendications sociales, des revendications démocratiques tout aussi justes face à un pouvoir particulièrement méprisant. Avec un président cynique qui dans sa lettre publiée cette semaine se réjouit que la France soit moins inégalitaire que d’autres pays, c’est-à-dire qui se réjouit des effets de la politique qu’il combat ! Les « réformes » qu’il promeut contre la protection sociale ont, dans tous les pays, eu  comme effet l’accroissement des inégalités au profit des riches.

De même la remise en cause de l’impartialité de la démocratie représentative biaisée par la finance est tout à fait justifiée : rappelons-nous, sur le seul mois de Décembre 2016, les 50 Unes de magazine consacrées à Macron pour l’imposer comme président de la république 5 mois plus tard.  Ces publications appartiennent aux 9 milliardaires qui contrôlent 90% des médias en France. Le CSA vient de regretter que les CSP+ font 74% des interventions dans les media alors qu’ils ne sont que 27% (Si on allait chercher les 1%, comme pour les fortunes ce serait encore plus frappant !).  La revendication du RIC exprime cette défiance vis-à-vis d’une représentation truquée et donc le besoin d’expression directe.

Revendications contre l’inégalité sociale ? Revendications démocratiques ? C’est dans les faits une  remise en cause globale du système. Quel système ? Nommons-le : le système capitaliste.

Du coup ce mouvement suscite une haine de classe comme rarement vue depuis longtemps. Haine de classe qui se manifeste par la violence de la répression, le nombre de blessés, les 6000 interpellations, le deux poids deux mesures habituelles de la justice avec une cagnotte interdite pour le boxeur interpellé, et une cagnotte boostée pour les policiers. Policiers qui eux ont vu leurs revendications satisfaites immédiatement !

La haine de classe se manifeste aussi en dénigrant, insultant calomniant le mouvement ainsi qu’en tentant de le diviser et de le faire dévier de sa route.

Un mouvement violent ? La mise en scène et la projection en boucle par les medias des mêmes actions violentes, du moindre dérapage d’un provocateur (contre les journalistes par exemple), visent à  isoler le mouvement. Du classique ! Rappelez-vous la chemise du directeur d’Air France passant également en boucle, ou les ouvriers de GM&S montrés du doigt parce qu’ils menaçaient  de faire sauter leur usine…Même si cette propagande marche auprès des classes supérieures Il est tout à fait étonnant et réjouissant que la majorité des travailleurs n’en soient pas dupes. Pas étonnant qu’ils en veulent aux medias qui participent à cette propagande.

Minoritaire ? « Que » quelques centaines de milliers de participants ? Tous les mouvements sont minoritaires au départ : ce fut le cas de Nuits Debout contre la loi travail, de chaque  occupation d’usine comme celles de Goodyear, de Ford etc., de la révolte des banlieues, de la lutte des sans-papiers, des étudiants en Mai 68  etc…  Il faut des racines profondes au mécontentement pour qu’un mouvement fasse preuve de cette détermination, de cette durée.  Un mouvement de la ténacité des Gilets Jaunes prouve que des secteurs entiers de travailleurs n’en peuvent plus, qu’ils sont « à l’os ». Cette détermination  trouve ses ressorts dans des circonstances précises qui ne peuvent pas être les mêmes pour tous au même moment ce qui explique que les mouvements restent disjoints. Un mouvement plus général comme Mai 68, s’il a mobilisé sur l’instant plus de monde, a été plus court, moins radical dans ses revendications (augmentations de salaires mais pas de mise en cause globale de l'inégalité), comme dans ses cibles : aucune manif n’a visé l’Elysée.

Qui fait le jeu de l’extrême droite ?

La propagande gouvernementale met en évidence des propos antisémites ici, une quenelle là. Diviser pour régner, tenter de rallier le plus grand nombre à soutenir le système en agitant la peur des populistes. Le provocateur Griveau, porte-parole du gouvernement, qualifie le mouvement de raciste (un mouvement initié par une black !  Priscillia Ludosky)  ce qui lui vaut l’intrusion de son ministère à l’aide d’un transpalette.

Il arrive trop souvent à des gens qui se voulaient autrefois de gauche de relayer cette propagande. Vous nous avez appelé à voter Chirac pour éviter Le Pen, puis Macron, toujours pour éviter une Le Pen. Aujourd’hui la situation est pire, la menace est encore plus grave  dites-vous ? C’est donc que ces appels à voter pour les représentants du système aggravaient les choses ?

Appeler à rallier le système pour faire barrage aux populistes a échoué. Et pour cause ! Puisque c’est ce système inique, méprisant et meurtrier qui génère les révoltes qui ensuite font parait-il le jeu des populistes. Ce système est le problème, pas la solution. C’est au contraire en participant et soutenant  les justes révoltes sociales et populaires,  en maintenant le mouvement dans son axe anti capitaliste, en travaillant à son unité, en luttant contre toutes les tentatives pour le dévoyer, en lui ouvrant des perspectives, qu’on se débarrassera à la fois du système et des populistes.

Trump et Poutine ne sont pas Hitler et ne menacent pas d’envahir la France. Ce qui menace aujourd’hui n’est pas le fascisme mais les conflits entre puissances impérialistes. La lutte anti fasciste, à contre époque, n’est que le prétexte avancé pour rallier son impérialisme tricolore national et attaquer le mouvement social.

Macron, Marine Le Pen même combat ! Il est frappant de voir à quel point Macron et Marine Le Pen, tous deux tenants officiels du capitalisme  ont des positions apparemment différentes mais dans le fond communes face aux Gilets Jaunes.

Le gouvernement tente de noyer les revendications avec son grand débat d’où l’essentiel, le pouvoir d’achat et l’inégalité sociale, sont exclus au profit de 4 thèmes imposés (écologie, citoyenneté, fiscalité, état). Les dirigeants du RN tentent de noyer les revendications essentielles sur l’ISF, le CICE, l’augmentation du smic et des petites retraites au profit de mesures institutionnelles : dissolution de l’assemblée nationale, (au lieu du Macron démission d’ailleurs) et l’application de la  proportionnelle. Ils tentent  artificiellement de lier un évènement totalement extérieur,  le pacte de Marrakech, pour dévier le mouvement de sa route et l’orienter contre les immigrés. Sans succès, avant que Macron ne vienne leur preter main forte en l’incluant, contrairement à l’ISF, dans le débat national.

Les taxes: Gouvernement et RN se retrouvent aussi pour tenter de dévier le mouvement vers un mouvement poujadiste uniquement anti taxe et anti impôts. C’est le type de revendications que le Medef met aussi en avant pour se rallier les petits patrons, petits patrons qui sont la force essentielle  du RN. Seuls 48% des foyers fiscaux en France payent l’impôt sur le revenu. Les classes populaires sont surtout taxées par les impôts indirects (TVA etc.). Le gouvernement a immédiatement lâché sur la taxe sur l’essence, qui a déclenché le mouvement, alors qu’il s’arc-boute contre l’ISF. ISF, très mal géré quand il était en place,Thomas Piketty nous explique qu’il devrait rapporter au moins 4 fois plus que les 4 milliards qu’il donnait. ISF que Le Pen père combattait, que Marine tolère  mais dont elle ne veut l’extension à aucun prix. 

De même RN et gouvernement tentent de privilégier le RIC parmi les revendications démocratiques. Ric dont l’utilisation en Suisse prouve qu’il ne peut être à lui tout seul la panacée. Le RN ne relaie pas les autres revendications associées à l’exigence démocratique comme celle concernant la révocabilité des élus. (Hitler arrive au pouvoir par les urnes mais ce sont les dernières élections !).

Marine Le Pen n’échappe pas à la défiance vis-à-vis de tous les politiques même si elle bénéficie pour l’instant, contrairement à tous ses concurrents, de l’avantage de n’avoir jamais été au pouvoir. La dernière mesure du Cevipov, indique une confiance de 9% dans tous les partis politiques, une défiance de 75% à l'égard de Marine Le Pen, (25% lui feraient confiance). 

Nuits debout, Gilets Jaunes

Le précédent mouvement social d’ampleur, bien que « minoritaire » lui aussi était celui de Nuits debout contre la loi travail : même motivation sociale de départ, même lutte en dehors des entreprises, même évitement de la grève comme moyen principal de lutte, même souci démocratique, même dépassement des structures syndicales et des partis y compris de gauche, même méfiance vis-à-vis des leaders,  même volonté de s’en prendre au pouvoir central : tentative de marche sur l’Elysée, « déjeuner » chez Valls etc. et aussi mêmes ennemis :  tentative d’intrusion de la manif pour tous avec le groupe des « Veilleurs »,  même Finkielkraut jouant le provocateur, mêmes insultes de « fascisme rouge » (du responsable de la CFTC) à l’égard de Nuits Debout. Les tenants du système disent « Rouge brun » aujourd’hui pour les Gilets Jaunes.

Le dépassement des partis et syndicats existants est sain et nécessaire : il sanctionne leur collusion avec le système depuis des décennies (co gestion disent les allemands). Il est indispensable pour reconstruire un mouvement neuf à la hauteur des enjeux : dépasser le système, dépasser le capitalisme.

Un autre point commun remarquable aux deux mouvements est la dimension instantanément internationale. Le mouvement Nuits debout qui faisait lui-même écho aux occupations des places de Wall Street, Madrid, Le Caire etc… était relayé de Montréal à Taiwan. Aujourd’hui les travailleurs, de Bruxelles à Bassorah en Irak, en passant par Séoul ou la Hongrie portent le Gilet Jaune (interdit de vente parait-il au Caire). Oui la lutte des exploités est internationale et ça non plus l’extrême droite à terme ne peut le porter.

Des mouvements disjoints

Bien qu’ayant des points communs, Nuits debout et les Gilets Jaunes restent en quelque sorte disjoints : pas tout à fait les mêmes personnes, les mêmes lieux, le même moment. De même tous deux n’ont eu que très peu de prise sur les banlieues, les luttes d’entreprise « classiques »  ou le mouvement étudiant par exemple. Ils sont restés à l’écart de la pétition et de la manifestation écologiques, pourtant au même moment et elles aussi un succès. De la même façon les résonances à l’International ne se transforment pas en un mouvement commun … pas encore !

L’unité ne se fera pas autour du mot d’ordre « grève générale ! » (Nuit debout comme Gilets Jaunes n’ont pas été des mouvements de grève). « Le tous ensemble et en même temps » ne sera certainement pas immédiat. L’unité exigera la compréhension que des mouvements différents, qui puisent leurs forces dans des revendications spécifiques, ont dans le fond des intérêts communs, que les problèmes que des luttes différentes affrontent sont générés par le même système capitaliste. L’unité  exigera de faire émerger une alternative positive dont on ne voit pas aujourd’hui qu’elle pourrait être d’autre que le communisme démocratique : lutte contre les inégalités sociales et mesures démocratiques.

Bien sûr un mouvement aussi large, décentralisé et divers, charrie des idées de toutes sortes. La lutte politique s’y déroule. Sur les ronds-points, dans les manifestations et au-delà même de ses participants actifs, le mouvement se cherche dans les discussions, les réflexions, les évaluations de la situation, parfois les divisions. Il est l’occasion d’un reclassement, classique aussi dans ces grandes occasions : d’aucuns qui se voulaient de droite défendent fermement les revendications sociales d’égalité, d’autres qui se voulaient de gauche s’effrayent et trouvent tous les prétextes pour rallier le camp des nantis et du président des riches.

Vive la lutte des Gilets Jaunes ! Soutien aux centaines d’inculpés !